Whisky

Whisky ou whiskey est le nom générique d’un ensemble d’eaux-de-vie fabriquées par distillation de céréales maltées ou non maltées. L’origine du whisky est encore aujourd’hui sujette à controverses entre Écossais et Irlandais, chacun y allant de sa preuve la plus ancienne. Par la suite, le whisky a été exporté vers le Nouveau Monde (notamment aux États-Unis et au Canada). Depuis le début du XXe siècle, des distilleries se sont développées au Japon, puis dans le reste du monde plus récemment.

 Catégories et élaboration de Whisky

Les catégories

Le whisky de grain est fabriqué à partir de diverses céréales (blé, maïs, avoine, seigle) et éventuellement d’orge maltée. Il ne subit qu’une seule distillation, opérée dans un appareil à flux continu. Ce type de whisky a très peu de goût, et est utilisé essentiellement pour l’assemblage des blends. Une seule distillerie a commercialisé à grande échelle ce type de produit.

La catégorie la plus courante est le blended whisky ou blend, qui est un assemblage d’au moins un « whisky de malt » (« pour le goût ») avec des « whiskies de grain » (« pour le volume »). Il y a souvent une proportion supérieure de whisky de grain, car moins cher à produire que le whisky de malt. Cependant certains blends haut de gamme peuvent renforcer le goût en augmentant la proportion de whiskies de malts. L’essentiel de la consommation mondiale est de ce type.

Viennent ensuite les blended malt, aussi connus comme pure malt ou vatted malt, qui est un assemblage de « whiskies de malt » provenant de plusieurs distilleries. De grandes marques ont réalisé leur notoriété par la production de whiskies pure malt assez typés, en réalisant leurs assemblages à partir d’un choix judicieux des productions de diverses distilleries, de façon à fournir un produit très régulier en goût, d’un lot à l’autre.

On réserve l’appellation single malt au whisky provenant d’une seule distillerie. Actuellement, la plupart des distilleries offrent un single malt à la vente, alors qu’auparavant un grand nombre d’entre elles ne produisaient que pour le négoce.

Certaines distilleries mettent en vente des bouteilles provenant d’un seul fût. Dans ce cas, la dénomination est single cask, et souvent le numéro du fût est mentionné. En général, ce type de whisky n’est pas allongé d’eau, et se trouve donc embouteillé au degré d’alcool initial du fût (entre 55 et 65° environ), Il vaut souvent mieux le boire allongé d’eau. On peut trouver aussi des single malt vendus au degré initial, mais provenant de l’assemblage de plusieurs fûts. Dans ce cas, on trouve plutôt la mention traditional strength.

Le whisky est généralement l’assemblage de plusieurs années, de manière à maintenir un goût homogène. Certaines distilleries cependant produisent des whiskies millésimés (à partir de la production d’une seule année).

Les différents whiskies

En Écosse, pour pouvoir être qualifié de Scotch Whisky, le vieillissement en fût sur le territoire écossais est indispensable pour que celui-ci soit qualifié de « scotch ». Après une large consultation de la branche en 2004 et 2005, la Scotch Whisky Association a décidé de restreindre les appellations au nombre de cinq :

  • Blended Grain Scotch Whisky
  • Blended Malt Scotch Whisky
  • Blended Scotch Whisky
  • Single Grain Scotch Whisky
  • Single Malt Scotch Whisky

Aux États-Unis, on trouve l’American whiskey, et les Nord-Américains insistent pour conserver le monopole de cette appellation « whiskey » (avec le « e »). Le whiskey nord-américain comprend notamment le bourbon (à base de maïs) et le rye (à base de seigle). Ces différentes appellations correspondent toutes à des compositions différentes :

  • Le corn whisky est composé de plus de 80 % de maïs
  • Le Straight Bourbon est fabriqué essentiellement à partir de maïs (entre 51 et 80 %, généralement entre 65 et 75 %), de seigle ou de blé, le reste étant de l’orge maltée
  • Le Straight Rye est à base de seigle (51 % minimum). La présence de seigle s’explique : les distillateurs ont suivi leurs clients lors de la vague d’immigration irlandaise du XIXe siècle, principalement vers le Canada, comme le Jefferson’s, mis en bouteille à Louisville dans le Kentucky, mais est produit au Canada)
  • Le Straight Tennessee a la particularité d’être produit dans l’État du Tennessee exclusivement et d’être filtré sur du charbon d’érable. Il est composé de 70 % de maïs et de seigle dont 51 % d’une seule céréale, généralement du maïs
  • Le whisky de malt écossais est élaboré uniquement à partir de 100 % d’orge maltée, qui peut être séchée au feu de tourbe

En Irlande, l’usage fait que l’on parle de « whiskey » ou « Irish whiskey » alors que les textes de loi utilisent le terme « whisky » (sans le « e »). Le pure pot still whiskey est issu d’une seule distillerie et distillé dans un alambic charentais mais à la différence d’un single malt il comporte une proportion d’orge non maltée et éventuellement d’autre céréale en plus de l’orge maltée ; en dehors de cette particularité, les appellations sont identiques à celles pratiquées en Écosse.

En Bretagne, l’Eddu breton (ed du signifie « blé noir ») est un whisky (20 % de whisky de blé noir malté – 80 % de whisky de blé noir non malté) de création récente (1998). Une partie de son vieillissement est effectué dans des fûts de chêne neufs.

Élaboration

Orge maltée

L’élaboration d’un whisky doit durer au minimum trois ans ; si le vieillissement en fût de chêne est inférieur à trois ans, il est impossible de lui conférer l’appellation de whisky. On distingue cinq étapes dans sa fabrication.

Le maltage

Pour obtenir du malt, on étend l’orge et on l’humidifie pour qu’elle germe. Cette opération dure une à deux semaines. Lors de la germination, le grain synthétise des enzymes capables de découper la molécule d’amidon en sucres fermentescibles. Pour l’élaboration d’alcool de grain, une enzyme de synthèse est rajoutée, permettant de supprimer l’opération du maltage. Le produit est aussi nettement moins parfumé. On met fin au maltage en séchant les graines au-dessus d’un four, parfois alimenté par de la tourbe, qui donne à certains whiskies leurs goûts particuliers. Lorsqu’il est sec, le malt est broyé, ce qui produit une farine grossière appelée le grist, et parfois mélangé avec des céréales non maltées selon le type de produit recherché.

Le brassage

Le grist est ensuite mélangé avec de l’eau chaude. Cette eau va typer le whisky, en fonction des terrains qu’elle a traversés, donnant des arômes tourbés, minéraux ou de terre de bruyère. L’importance de l’eau est controversée et semble plutôt un argument marketing. Cette opération a pour but de transformer l’amidon contenu dans le malt en sucres fermentescibles sous l’action d’enzymes. Elle a lieu dans de grands baquets en bois ou en acier inoxydable, les cuves de brassage (mash tun, en anglais). Le produit de ce brassage est le moût (wort).

La fermentation

Le moût sucré ainsi obtenu est additionné de levures et la fermentation alcoolique se produit alors. Le moût fermenté est alors appelé le wash.

La distillation

Le wash obtenu subit une distillation, dont le but est de séparer l’eau de l’alcool. La distillation des single malts s’effectue généralement en deux temps.

La première distillation a lieu dans de grands alambics en cuivre à large base appelés « wash stills » ; ceux-ci, équipés de hublots, sont progressivement chauffés, les vapeurs d’alcool sont collectées, puis refroidies en low wines (bas vins titrant en moyenne 25 % vol.) dans des condenseurs avant d’être introduites dans le second alambic plus effilé appelé « spirit stills » où le processus est répété. Les premières émanations (le premier tiers appelé « tête de cuvée » ou « tête de distillation », ayant de nombreuses impuretés et titrant entre 72 % et 80 % vol.) ainsi que les dernières (le dernier tiers appelé queues de distillations ou feints, riche en sulfures et en composés aromatiques lourds), jugées de moindre qualité, sont isolées et réintroduites dans la distillation suivante des low wines, ou, le plus souvent, vendues aux blenders. Seule la middle cut (cœur de chauffe, titrant en moyenne entre 68 % et 72 % vol.) est conservée et mise en fûts. Les distillateurs considèrent que la forme et la taille de ces alambics est l’un des principaux facteurs qui façonnent le goût du whisky. La forme même des alambics est importante pour la formation des arômes : ainsi en Écosse, trouve-t-on parmi les maîtres de chais des tenants exclusifs de l’« alambic à grand bec » et d’autres non moins réputés de l’« alambic à petit bec ». Par ailleurs, la durée de vie d’un alambic est d’environ trente ans, mais sa cuve doit se « culotter » pendant une dizaine d’années, durant lesquelles la production dudit alambic est sortie du circuit normal des distilleries et vendue aux blenders. Les whiskies irlandais subissent généralement une triple distillation et c’est également le cas de certains scotchs. Au terme de cette étape, le whisky est incolore et titre environ 70°.

Le vieillissement

Fûts de vieillissement à Aberfeldy

Le whisky est enfin vieilli en fûts de chêne. C’est au cours de cette étape que le whisky se colore et acquiert des arômes spécifiques selon le bois utilisé. Les fûts utilisés peuvent être neufs ou usagés : dans le deuxième cas il peut s’agir à 80 % de fûts de bourbon (provenant des États-Unis), à 20 % de xérès en provenance d’Espagne (vin dénommé Sherry par les Britanniques qui en achetaient beaucoup, ce qui a fourni les premiers fûts à recycler), de porto ou encore de vin. Les fûts neufs peuvent subir différents traitements avant utilisation, tels que le wine seasoning (l’intérieur du fût est imprégné de vin pour apporter des arômes spécifiques) ou le charring (l’intérieur du fût est brûlé de façon plus ou moins intensive afin de concentrer en surface les composés aromatiques du chêne). Les fûts utilisés pour le vieillissement des whiskies américains (Tennessee, Kentucky…) sont neufs, avec une très forte chauffe afin de transmettre à l’eau-de-vie des notes toastées et grillées.

En fonction des distilleries, le vieillissement peut se faire, soit exclusivement dans un type de fûts, soit dans un mélange (chez les blenders). D’autres types de fûts usagés sont de plus en plus utilisés : les fûts de porto, les fûts de madère, de rhum, de claret bordelais, de bordeaux rouges, parfois ayant contenu de très grands vins et encore les fûts de sauternes. Ils apportent tous des spécificités de teintes, d’arômes et de saveurs.

La période additionnelle de maturation du whisky dans ces fûts de vin s’appelle affinage ou finition. Elle est également désignée par le terme de l’âge du whisky en résultant.

Les principaux types de fûts sont :

  • l’American standard barrel ou ASB, 200 litres, fait de chêne blanc d’Amérique, utilisés pour le vieillissement des bourbons ;
  • le Hogshead, une variante de l’ASB de 250 litres ;
  • le Bourbon barrel, 180 litres ;
  • le Quarter cask, 50 litres, le quart d’un ASB, utilisé là encore pour le bourbon ;
  • le Sherry butt, 480 à 520 litres, fût usagé de xérès ;
  • le Puncheon, 480 à 520 litres, utilisé pour le whisky de grain, mais aussi pour le rhum et le xérès ;
  • le Port pipe, 650 litres, utilisé pour le porto.

La coloration est fonction du type de fût utilisé. Ainsi, un fût de « sherry fino » donne une couleur ambrée au whisky, tandis qu’un fût d’« oloroso » aura pour effet de rendre le whisky plus sombre. Mais cette différenciation est d’autant plus subtile à faire, qu’il peut y avoir, par fût, des « deuxième remplissage », voire des « troisième remplissage ». Les fûts de bourbon apportent une couleur plus dorée ou « paille ». Le type de fût utilisé pour le vieillissement n’impacte pas seulement la couleur mais également les arômes, primaires et secondaires, donc le goût : un fût de xérès développera toujours à un moment ou à un autre de son oxydation, des arômes « sucrés » (fruits, miel…), un fût de bourbon, des arômes « de tête » floraux et « secs ».

Le colorant caramel est souvent utilisé pour la coloration des whiskies afin d’avoir une couleur homogène entre les lots. Cette pratique est en diminution pour les whiskies de malt (single malts), et n’est pas utilisée pour les whiskies de haut de gamme, qui peuvent être très clairs, ou au contraire de couleurs diverses et parfois très intenses, en fonction des types de fûts utilisés.

À l’issue de la période de vieillissement, le whisky titre encore approximativement 60 degrés. En fait, l’alcool s’évapore au cours de la maturation en fût et perd environ 1° par année : c’est la « part des anges ». Mais, c’est évidemment fonction du degré d’humidité ambiant : ainsi, un fût stocké près de la porte d’une distillerie d’Islay, en milieu saturé d’humidité, titrera beaucoup plus, au terme du même temps de vieillissement, qu’un whisky issu des Midlands. À l’issue du temps de vieillissement prévu par le maître de chais, le whisky est généralement dilué avec l’eau de la source avant la mise en bouteille pour atteindre le niveau habituel de 40° d’alcool. Il existe néanmoins des bouteilles cask strength, directement tirées du fût et sans adjonction d’eau.

Certaines distilleries sont situées au bord de la mer. Cependant, les whiskys des îles ne sont généralement pas vieillis sur les îles où ils sont produits, mais au centre de l’Écosse.

La période de vieillissement minimale d’un whisky est de trois ans mais la plupart des singles malt vieillissent en général entre 8 et 12 ans, certaines bouteilles de single cask allant jusqu’à cinquante ans de vieillissement en fût avant la mise en bouteille.

Ce processus est celui de production des scotchs, il peut varier pour les autres whiskies. Par exemple, le Tennessee whiskey est un alcool à base de maïs qui est filtré à travers du charbon de bois. De plus les bourbons ne peuvent légalement utiliser que des fûts neufs, contrairement aux scotchs. Le whisky canadien quant à lui est historiquement à base de seigle (rye whisky).